
3 nouveaux territoires de diversification pour les marques
Pendant des années, la diversification des marques a suivi un scénario relativement prévisible. Après les licences et les produits dérivés sont arrivés les parfums, puis les cafés, les restaurants, parfois les hôtels.
Aujourd’hui, ouvrir un café est presque devenu un réflexe stratégique. Or, si l’hospitalité reste un levier pertinent pour certaines marques, elle ne peut plus constituer à elle seule l’horizon de la diversification. Dans un contexte économique et culturel instable, la diversification demeure pourtant une nécessité. Elle permet d’explorer de nouveaux marchés, de renforcer la désirabilité d’une marque et d’inscrire son univers dans le quotidien des consommateurs.
Dans notre cahier Life & Style 2027, nous explorons les pistes de diversification encore peu investies par les marques, mais qui répondent à des transformations profondes de nos modes de vie.
Voici 3 nouveaux territoires de diversification pour les marques.
Magnifier le son : transformer l’environnement sonore en territoire de marque
Dans un monde où la pollution sonore constitue une nuisance majeure, il devient urgent de repenser le son. C’est un véritable enjeu de société : on sait que l’exposition au bruit génère du stress et de la dépression, que la surdité chez les jeunes a explosé en raison, notamment, de l’utilisation prolongée d’écouteurs individuels, et que les personnes âgées sont naturellement touchées par la perte auditive.
Surtout, le son doit être travaillé pour ne plus être subi mais choisi. Dans cette intransigeance sonore, les designeurs repensent les instruments de musique au travers de nouveaux matériaux ou fonctionnalités. Parallèlement, des espaces dédiés permettent de réapprécier le son, seul ou collectivement – car le son peut, comme le montrent les pianos dans les gares, favoriser la rencontre. Cet esprit d’échange se matérialise aussi dans les bibliothèques (de vinyles, de partitions, de bruitages, de samples…) ou les instruments partagés transformant ainsi le son non plus en source d’agression, mais en plaisir collectif.
Le son devient un véritable territoire de design. Le projet Factotum, présenté par le designer Lucas Muñoz Muñoz à Art Basel Miami, en est une illustration frappante. Les haut-parleurs exposés ont été fabriqués à partir de déchets industriels collectés dans les environs quelques jours auparavant. Au-delà de l’objet lui-même, la démarche explore une nouvelle manière de concevoir des dispositifs sonores : expérimentaux, circulaires et profondément liés à leur contexte.
Se rendre inaccessible : la valeur stratégique du secret
Trop de paroles, d’informations, de produits, de dégradation des échanges et de la consommation… Face à un trop-plein qui abaisse le niveau, un consommateur cherche à remettre de la hauteur, de l’exclusivité, de la distance. C’est le retour des sociétés secrètes ainsi que des lieux ou des communautés basés sur l’inaccessibilité, la cooptation, le mérite. Fréquenter des adresses clandestines, ramener la mythologie du speakeasy. Investir dans un mobilier aux allures de coffre-fort ou de cabinet privé. Limiter l’accès via des cadenas, des scellés, des codes ou bien par des épreuves, des interrogatoires, des parrainages, des listes. Circuler dans un wagon invisible ou une voiture blindée… Toute une culture du confidentiel, de l’occulte empruntée aux différentes époques et civilisations, dans une esthétique aussi luxueuse, aussi profilée qu’une banque suisse.
À contre-courant des techniques habituelles pour capter l’attention du consommateur, cette stratégie du mystère et de la discrétion ramène une philosophie noble du commerce. Finie la distribution en libre-service, le sens de l’étiquette implique le retour des vendeurs dédiés à leur client, des comptoirs qui redéfinissent la hiérarchie, des produits exclusifs cachés dans des tiroirs. La consommation doit redevenir un privilège qui se gagne, et être destinée à ceux qui savent en apprécier la valeur.
Gentle Healing : concevoir des objets et des espaces qui prennent soin
On a connu les traitements médicamenteux, les injonctions autoritaires, la vogue du naturel… Aujourd’hui, une autre voie s’ouvre. Ni brutale, ni culpabilisante. Une technologie douce, intelligente et bienveillante se met au service d’une conception holistique et contemporaine de la « Santé » – santés physique et mentale. Des caissons d’isolement pour se recentrer dans un environnement soigneusement designé. Des équipements sportifs quasiment futuristes développés avec un souci d’ergonomie et de pratique intuitive. Des ustensiles de cuisine connectés pensés comme des « smart tools » pour favoriser le bien-être. Des instruments de musique hybrides, entre l’analogique et le numérique, ou des équipements d’écoute néo-high tech pour choisir son paysage sonore.
Utiles, tous les produits ont en commun des lignes épurées, des matériaux tactiles, des couleurs apaisantes et des fonctionnalités simplifiées. Rien d’agressif ni d’intimidant : une esthétique prospective au service d’un apaisement immédiat. Chaque objet, chaque service, chaque expérience est pensé pour améliorer le quotidien en incitant au sport, à la détente, à l’équilibre, pour soigner de manière préventive et respectueuse, en harmonie avec le rythme de chacun. Et avec la technologie non pas en ennemi, mais en partenaire attentif.

