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10.06.21

L'intelligence Artificielle au service de la création

Pour cette nouvelle édition du cahier Color Intelligence Spring Summer 2023, nous avons développé ensemble de nouveaux motifs inspirés par l’Intelligence Artificielle. Concrètement comment ça marche ?

Utiliser des algorithmes d’intelligence artificielle tels que des GANs (Generative Adversarial Networks) est paradoxalement une activité très artisanale. Ces algorithmes apprennent sur des données d’entraînement, il faut donc collecter -et faire la curation- de nombreuses images pertinentes, alignées avec l’esprit de ce qu’on désire générer. C’est très besogneux. Il faut aussi utiliser les bons outils et savoir adapter les réglages pour obtenir exactement ce que l’on désire. Enfin, il faut rester critique par rapport à ce que propose la machine, qui ne doit pas forcément être considérée comme un agent créatif, mais plutôt comme un « aide de camp ». On a le droit de construire sur ces propositions, de s’évader du cadre proposé. C’est ce que nous avons fait avec les motifs NellyRodi inspirés par IA, sur lesquels j’ai contribué.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience au service de la création ?

Toutes ces technologies sont des outils dont il ne faut pas se rendre esclave. A l’inverse, au vu des explorations créatives extrêmement riches que ces outils permettent d’initier, ce serait dommage de ne pas en tirer parti dans nos industries.

Ce que je trouve intéressant avec l’IA, c’est qu’en étant bien utilisée, elle permet d’aider à résoudre de nombreuses problématiques telles que l’appropriation culturelle, ou d’éviter des pratiques dans les studios comme le « design shopping » que je trouve un peu triste. En partant d’un moodboard, on peut générer des idées qui sont la quintessence du moodboard, sans vampiriser spécifiquement l’une ou l’autre des inspirations.
Un autre aspect tout à fait intéressant de l’usage de l’IA est qu’elle valorise un autre type de créativité -plutôt celle d’ailleurs des cabinets de tendances : la capacité à réaliser une curation pointue. Plus la curation est de qualité, plus les propositions de l’IA seront intéressantes et riches.

Vous avez rencontré le chemin de NellyRodi il y a quelques années alors que vous développiez une start up spécialisée dans le data pricing, aujourd’hui revendue à un grand groupe. En parallèle de cette passion pour la data, vous développez une pratique artistique aux confins de l’intelligence artificielle. Comment l’IA est-elle en train de transformer le monde de l’art ?

En effet, j’ai créé un petit studio de recherche qui s’appelle aurèce vettier (www.aurecevettier.com) et je développe beaucoup de projets dans ce domaine.
Je ne sais pas si l’IA est en train de transformer le monde de l’art, on pourrait aussi se poser la même question pour les NFT. Ce qui est certain, c’est que des artistes commencent à s’emparer de cet outil pour créer de nouvelles images, des textes intéressants, des sons,… Le champ est infini.

A titre personnel, j’essaie surtout d’explorer la notion d’hybridité. Comment créer des sculptures avec l’IA dont la sensualité peut séduire un public qui ne s’intéresse pas à l’informatique ? Comment ne pas réinventer ce qui a été déjà fait dans l’histoire de l’art, en particulier dans l’art génératif et conceptuel depuis les années 1960 ? Comment faire dialoguer la donnée et les métiers d’art ? Comment retrouver l’espace du silence, et une forme d’élégance, dans la cacophonie ambiante ?

Alors ces outils, il faut certes les connaître parfaitement, les pousser dans leurs retranchements, pour mieux les tordre, les détourner, s’en amuser parfois et finalement, les mettre au service de nous, humains et créatifs.

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