
Engouement pour le nu masculin dans l’art : décryptage par Florent Barbarossa
Dans le cadre d’une série d’articles sur les évolutions de la masculinité, nous avons voulu interroger un spécialiste des représentations masculines dans l’art : Florent Barbarossa.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Florent Barbarossa, j’ai 40 ans, je suis commissaire-priseur et galeriste spécialisé dans le nu masculin.
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Comment avez-vous eu l’idée d’organiser les ventes Masculin / Masculin ? Quelle a été la réception du marché à l’époque ?
L’idée d’organiser les ventes Masculin/Masculin est dans leur titre, c’est un hommage direct à l’exposition éponyme de Guy Cogeval au Musée d’Orsay en 2013, c’était une vraie révélation. Le sujet étant passionnant et inédit j’ai décidé de créer une vente aux enchères dédiée.
La réponse du marché a été enthousiaste avec un record dès la 1ere vente avec le bronze Au But d’Alfred Boucher adjugé à 31 000 €. La profession a en revanche mal réagi, assimilant le nu masculin à de la pornographie.
Qu’est-ce-que la représentation du corps masculin a de spécifique dans l’Histoire de l’Art ?
La représentation du corps masculin dans l’histoire de l’art a ceci de spécifique que c’est un sujet d’études multiples. Son évolution retrace l’histoire des techniques, de la sculpture de marbre grecque, à la fonte des bronzes romains, aux huiles sur toile néoclassiques jusqu’au photographie de Mapplethorpe. C’est aussi une vraie étude sociologique : on voit les variations des canons de beauté, des désirs et donc des mœurs. La façon dont le nu masculin est représenté en dit beaucoup sur la société dans laquelle il est créé.
Bien sûr, il y a une évolution, le sujet et sa représentation varient depuis des siècles et cela continue aujourd’hui, cela est flagrant dans la publicité notamment. Aussi le goût des acheteurs n’est pas homogène, il y a bien sur des prédilections selon les générations et selon les cultures mais en vérité il y a autant de goûts que d’acheteurs.
Comment évoluent les goûts des acheteurs et acheteuses ?
Il me semble que les œuvres uniques comme les tableaux et dessins ont de plus en plus de succès. Après la saturation d’images générées par l’IA, le public a un goût renouvelé pour les œuvres uniques et les techniques picturales. Bien sûr le format joue, et souvent les grandes œuvres sont difficiles à vendre, mais ce qui est le plus significatif dans le succès d’une œuvre c’est en définitif la beauté du modèle.
Pouvez-vous nous présenter 3 de vos coups de cœur récents ?
Mes trois derniers coups de cœur :
- Tsuyoshi Yoshida alias Go Mishima, un artiste japonais décédé en 1988 dont j’ai eu la chance de vendre des œuvres originales lors de ma dernière vente après des années à n’avoir entre les mains que les lithographies de ses aquarelles. Son travail à la croisée des chemins entre Tom of Finland et les estampes japonaises est tout à fait unique.

- Jan Saudek, artiste tchèque dont j’adore le travail. En rehaussant lui-même à l’aquarelle ses photographies, il brouille la frontière entre photo et peinture, et rappelle le charme des photo anciennes colorisées à la main.

- L’Edition originale de Querelle de Brest, le texte de Jean Genet en regard des lithographies de Jean Cocteau est incroyable. C’est toute une époque, tout un fantasme qui continue de faire rêver.


