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Tracy Ma : The New York Times Getty Images (woman and child)
Timothée Richard 16.12.20

No-Screen Business

Décryptages

A rebours du tout-digital, l’éducation devient le lieu privilégié de la dynamique sur la déconnexion.

La méfiance qui s’était doucement installée autour du numérique se transforme en consensus scientifique selon le National Institutes of Health : les enfants exposés à plus de 7 heures d’écran par jour pendant 10 ans ont le cortex cérébral plus petit. Et 2 heures d’exposition quotidienne suffisent à affecter les capacités intellectuelles, cognitives et sociales selon une tribune publiée en mai par le collectif Cose (qui réunit des professionnels de l’enfance).

Alors que la déconnexion n’a eu de cesse d’être traitée comme une incarnation wellness chez les adultes, obsédés par la (re)connexion aux choses qui comptent, elle devient un sujet plus stratégique encore au moment d’imaginer l’éducation des enfants.  

Un marché qui se structure autour de l’aide à fournir aux parents

Si les parents prennent conscience de la potentielle désocialisation de leurs enfants dans une société où la technologie est partout, le New-York Times révèle début juillet qu’ils n’hésitent plus à se faire aider pour les éduquer à un autre rapport aux écrans.

Aux Etats-Unis, après un premier livre remarqué « Smart screens : a family guide to media literacy », la spécialiste de l’enfance Gloria DeGaetano a fondé l’année dernière le Parent Coaching Institute – un réseau de consultants en « screen-time alternatives » qui facturent entre $80 et $250 par heure pour prêcher cette parole. Au menu, des conseils pratiques parfois simples : jouer dehors, peindre, multiplier les interactions sociales… et des aspects plus conceptuels, qui militent pour un cadre d’utilisation plus spécifique des technologies au sein de la famille. 

Alors qu’il n’y a pas si longtemps, les médias américains craignaient l’apparition d’un fossé numérique entre les classes aisées ayant accès au haut-débit et les plus modeste, c’est donc le phénomène inverse qui est en train de se produire.

La Waldorf School of the Peninsula, une école privée pratiquant la pédagogie Waldorf très cotée chez les cadres de la Silicon Valley, cherche à les en éloigner, et les nounous deviennent les nouveaux policiers de cette tendance « No Screen » à la maison. 

Un shift qui se retrouve aussi dans la montée en puissance des communautés qui portent ces démarches sur la scène sociale. Parmi elles, des cheffes de file comme « Wait Until 8th » – à Austin – et d’autres groupes locaux américains comme Concord Promise ou Turning Life On, qui ont chacun vocation à réduire la pression sociale autour de l’utilisation précoce des smartphones.

Quid des géants de la tech ?

Alors que 42% des enfants de moins de 8 ans avaient accès à leur propre tablette en 2017, une réaction par les outils est aussi attendue. Avec en son cœur le débat sur une modération du design de la persuasion (la lecture automatique, l’infinite scroll, l’infinite swipe, etc). 

Dans cette idée, Marie-Ange Predali vient de lancer Studyapp, une application de « contrôle parental pédagogique » pour smartphone à deux volets. L’un pédagogique, qui déclenche des QCM après un certain temps d’utilisation, et l’autre plus restrictif permettant aux parents en manque de confiance de bloquer certaines applications.

Avec une envergure plus mainstream encore, les deux leaders du marché du smartphone (Apple et Google) ont récemment annoncé Screen Time et Family Link destinés à aider les parents à contrôler le temps passé sur les écrans. Et même si pour beaucoup ces initiatives sont timides au regard de l’ampleur du chemin à parcourir, elles montrent que la fluidification du rapport à l’écran est désormais un thème d’avenir, sur lequel les parents vont en se radicalisant. 

Adjointes, d’autres initiatives « designed to be used as little as possible » se sont immiscées chez les fabricants de téléphone comme le modèle « Relay » de Republic Wireless aux US (même s’il connait un succès commercial mitigé) ou The Light Phone au Royaume-Uni, dans l’idée de réduire structurellement le temps d’utilisation.

La nouvelle baseline parentale, inspirée de Chamath Palihapitiya (ex-vice-président de la croissance des utilisateurs chez Facebook) : « Va dehors. Ecorche ton genou. Pratique un sport. Perd quelque chose. Et reviens vers moi… nous pourrons en parler. »

Image à la Une : Tracy Ma / The New York Times ; Getty Images (woman and child)

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